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Comment retrouver l’équilibre après un cancer du sein?

– Sara Vaillancourt, travailleuse sociale, Hôpital du Saint-Sacrement de Québec, en collaboration avec Cathie Rossignol et Emmanuelle Beaudin, travailleuses sociales au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke vous répondent.

Situation fictive

Julie (nom fictif) a 48 ans. Il y a dix mois, un diagnostic de cancer dans son sein droit lui a été annoncé. Rapidement, les événements se sont enchaînés : arrêt de travail, chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie. Elle a été « forte ». C’est même parfois elle qui encourageait ses proches. Elle a eu son dernier traitement il y a trois semaines. Heureusement, maintenant tout est fini. Vraiment?

Elle se sent encore très fatiguée, mais elle ose de moins en moins le dire. Elle se sent aussi parfois inquiète. Elle aurait encore besoin de parler de ce qu’elle vient de vivre. Quand elle le fait, elle se fait souvent répondre qu’elle ne doit plus penser à ça, que cet épisode est derrière elle. Pourtant, cette période de vie est encore très présente pour elle. Elle a des questions, des craintes aussi.

Lorsque survient la maladie…

Lorsque survient la maladie, plusieurs impacts peuvent se faire sentir, et ce, à différents niveaux. Dès l’investigation, l’équilibre de vie a été bouleversé par le rythme des événements. Les rendez-vous, la chirurgie, les traitements et leurs conséquences ébranlent nécessairement le quotidien.

Pour la majorité des femmes, la fin des traitements actifs (chimiothérapie, radiothérapie) est perçue comme le moment où le cancer sera chose du passé. Les personnes atteintes et leurs proches attendent avec impatience ce moment qui devient souvent le symbole du retour à la vie « d’avant ». Or, s’il s’agit de la fin d’une étape, le processus d’adaptation se poursuivra encore pendant un certain temps.

Diverses préoccupations

Chaque femme réagit d’une manière qui lui est propre et les impacts de la maladie diffèrent d’un individu à l’autre. Une détresse importante peut se manifester alors même que « tout est fini ». Cette détresse est d’autant plus grande que, bien souvent, elle n'est pas accueillie et reconnue par l'entourage. La personne ne comprend pas sa réaction… et ses proches encore moins.

Après les traitements, la femme qui a vécu un cancer du sein peut traverser des périodes de bouleversement parfois intenses (tristesse, colère, perturbation du sommeil et de l’appétit, diminution de la mémoire et de la concentration, isolement). Dans la majorité des cas, cette réaction est passagère. Un soutien professionnel peut aider à mieux comprendre ces bouleversements et à soutenir la personne concernée dans son retour à l’équilibre ou encore à la diriger vers une référence pour une prise en charge de cet état lorsque nécessaire.

La maladie a pu affecter la personne à différents niveaux : 

  • fatigue (il s’agit de la préoccupation la plus fréquente dans l’année qui suit les traitements);
  • image corporelle (gain de poids, cicatrice, perte des cheveux, réapprivoisement de son corps);
  • lymphœdème;
  • ménopause et troubles sexuels;
  • anxiété, crainte de la récidive;
  • sentiment d’« abandon »;
  • impacts divers dans les relations conjugales, familiales, sociales, etc.

Stratégies efficaces

Lorsqu’arrive « enfin » la fin de cet épisode de soins, une pause (et un temps de réflexion) peut permettre de prendre conscience de l'ampleur des changements et des impacts vécus. Il peut être nécessaire de se donner du temps pour retrouver un équilibre satisfaisant, et probablement différent de celui d’avant. Il faut également garder en tête que la reprise des activités régulières constitue aussi une étape d’adaptation consécutive à ce diagnostic. Voici diverses stratégies pouvant aider à rétablir son équilibre :

  • avoir des attentes réalistes;
  • mettre ses limites, les nommer et les respecter;
  • reprendre ses activités GRADUELLEMENT;
  • prendre du temps pour soi;
  • admettre que la colère, la peur et la tristesse sont des émotions naturelles;
  • accepter que la réadaptation et la récupération prennent le temps qu’il faut;
  • se faire confiance;
  • parler de ce qui est vécu : avec les proches, avec d’autres personnes ayant vécu une expérience similaire, avec un professionnel de la relation d’aide;
  • développer un état d'esprit positif dans l'acceptation de ses limites/être patiente tout en cultivant une attitude positive face à la vie;
  • il y a une limite à ce que la pensée positive peut apporter; il faut donc favoriser une pensée réaliste.

À se rappeler

Il est important, voire primordial, de retenir que la fin des traitements ne signifie pas la reprise automatique de vos activités ou de votre rythme de vie antérieurs à la maladie. Parfois, vos attentes et celles de vos proches peuvent être irréalistes et précipitées. Malgré qu'elles soient bienveillantes, ces attentes peuvent constituer des sources de stress et laisser penser que vous n’êtes pas « normale ». Il importe de bien comprendre les multiples répercussions de la maladie dans les différentes sphères de votre vie et d’identifier des moyens concrets pour vous réapproprier votre vie avec ses nouvelles limites. Vous arrêter afin de prendre conscience de ce qui est différent maintenant, rendra plus facile l’établissement d’objectifs réalistes qui permettront progressivement un retour à un nouvel équilibre de vie satisfaisant. Rappelez-vous que vous n’êtes pas seule! Plusieurs femmes partagent cette même réalité.