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Cancer du sein et santé des os : que faut-il savoir?

- Julie Lapointe, chercheure postdoctorante au Département d’oncologie de la Faculté de médecine de l’Université McGill et membre de l’équipe de recherche du programme L’espoir, c’est la vie, démystifie la question.

Alors que la survie associée à un cancer du sein est de plus en plus élevée, chercheurs et cliniciens s’intéressent depuis quelques années à la santé des os de ces femmes ayant survécu à cette maladie. Que faut-il savoir à ce propos?

L’ostéoporose, c’est quoi?

Ostéoporose Canada définit l’ostéoporose comme étant : « … une maladie caractérisée par une faible masse osseuse et une détérioration du tissu osseux. Cette condition entraîne une plus grande fragilité osseuse et des risques de fractures, particulièrement de la hanche, de la colonne vertébrale et du poignet. » L’ostéoporose est souvent reconnue comme un voleur silencieux : la perte osseuse se produit sans symptômes, jusqu’à ce qu’une fracture surgisse et entraîne son lot de douleurs et de complications.

Parmi les facteurs de risque communs à toutes les femmes, il y a l’âge (risque plus élevé à partir de 65 ans), une histoire familiale d’ostéoporose, un faible poids corporel, l’absence de flux menstruel durant plusieurs mois dans le passé (sauf durant la grossesse et/ou la ménopause), l’utilisation d’un médicament dont l'un des effets secondaires est l'ostéoporose, une faible consommation de calcium, un manque d’activité physique, l’usage de tabac, l’usage excessif d’alcool (plus de trois verres par jour) et/ou le fait d’être postménopausée ou d’avoir eu une ménopause précoce (avant 45 ans).

Quel est le lien entre le cancer du sein et la santé des os?

Le lien entre le cancer du sein et la santé des os réside principalement au niveau des traitements administrés aux femmes atteintes d’un cancer du sein, particulièrement pour certains traitements de chimiothérapie et d’hormonothérapie. Dès la première année de traitements pour un cancer du sein, les femmes perdent en moyenne entre 2 % et 4 % de calcium dans leurs os. Celles qui sont traitées, à la fois, avec de la chimiothérapie et de l’hormonothérapie sont sujettes à perdre encore davantage de substance osseuse.

Pourquoi? D’une part, ces traitements ont un impact direct sur les os en déstabilisant la moelle osseuse, rendant les os plus faibles et ainsi plus sujets aux fractures. D’autre part, les traitements pour un cancer du sein engendrent une réduction des fonctions ovariennes et donc une diminution du niveau d’œstrogène. L’œstrogène, qui a un rôle protecteur sur les os, ne peut alors plus contribuer au renforcement des os.

Les études montrent que les femmes qui ne sont pas encore ménopausées au moment des traitements de cancer perdent davantage de substance osseuse que celles qui sont déjà dans leur processus de ménopause. De plus, chez celles qui sont déjà affectées par l’ostéoporose, la dégradation des os se trouve accélérée par ces traitements.

Selon Julie Lapointe, toutes les femmes en traitement pour un cancer du sein devraient particulièrement se préoccuper de la santé de leurs os. Elle recommande aux femmes en traitement d’en discuter avec les membres de leur équipe soignante. Le médecin, l'infirmière pivot, le pharmacien, le nutritionniste, le physiothérapeute et le kinésiologue sont tous des professionnels susceptibles de pouvoir leur offrir des conseils quant à la santé de leur os.

Comment savoir si je fais de l’ostéoporose, et quels sont les traitements envisageables?

L’ostéoporose se développe progressivement, et sans symptômes, jusqu’à ce que les os deviennent si affaiblis qu’une fracture survient. Deux types de fractures sont liés à la présence d’ostéoporose : la fracture de fragilité et la fracture de compression des vertèbres. La fracture de fragilité survient dans un contexte où l’impact est faible et dans lequel une fracture ne survient généralement pas, comme, par exemple, tomber par terre et se fracturer une hanche. La fracture de compression des vertèbres, quant à elle, est associée à une perte au niveau de la taille de 2 cm et plus.

Autrefois, les traitements contre l'ostéoporose n'étaient administrés que lorsqu’un diagnostic d’ostéoporose était émis (souvent suite à une fracture osseuse survenue sans raison apparente). Aujourd'hui, des tests existent afin de mesurer la densité des os et de prédire un éventuel risque d’ostéoporose et de fracture. Si nécessaire, certains médicaments sont susceptibles de prévenir l’ostéoporose, de stopper une perte supplémentaire de la densité osseuse ou de contribuer à solidifier les os si ceux-ci sont déjà affaiblis, notamment en réactivant la formation de calcium. Il n’en demeure pas moins que, plus les os sont affaiblis, plus il sera difficile de les traiter. Ainsi, la prévention demeure la clé lorsqu’il est question d’ostéoporose. Pour en connaître davantage sur les traitements existants, le mieux est d’en discuter avec son équipe traitante.

Comment prévenir la dégradation des os?

Certaines stratégies sont utiles pour les femmes traitées pour un cancer du sein et désireuses de réduire leur risque d’ostéoporose ou encore d’améliorer la santé de leurs os. En voici quelques-unes. Notons qu’il n’est jamais trop tard pour prendre soin de ses os.

Alimentation équilibrée

Une alimentation équilibrée riche en calcium et en vitamine D peut contribuer à prévenir la dégradation osseuse.

Dans un premier temps, les os ont besoin de calcium pour demeurer solides. La recommandation journalière de calcium est de 1 000 mg/jour, pour les femmes âgées de moins de 50 ans, et de 1 200 mg/jour, pour les femmes âgées de plus de 50 ans. Le calcium se retrouve en bonne quantité dans les produits laitiers (p. ex. : lait, fromage, yogourt), les légumes et les lentilles. Des suppléments de calcium peuvent être pris par celles qui n’en consomment pas assez dans leur alimentation. Il est pertinent de surveiller la consommation d’aliments qui pourraient provoquer une perte de calcium, telle qu'une consommation excessive de caféine (plus de deux à trois tasses de café par jour) ou encore de sel.

Dans un deuxième temps, la vitamine D joue un rôle important dans l’absorption du calcium par les os et dans la santé des os en général. Elle se retrouve de façon naturelle dans des aliments tels le jaune d’œuf, le poisson et le foie. Il est recommandé de consommer quotidiennement entre 800 et 2 000 unités internationales (UI) pour les adultes de 50 ans et plus. La majorité des gens atteignent ce seuil en consommant un supplément de vitamine D.

Activité physique

Il est recommandé aux femmes en traitement de continuer à être actives, en faisant des activités sans impacts. Des activités telles que la marche et la montée d’escaliers en sont de bons exemples. Se maintenir active pendant les traitements, tout en respectant son état de santé, permet aux os de demeurer en santé tout en améliorant la force musculaire, la posture, l’équilibre et la coordination.

Dans la plupart des centres hospitaliers, un physiothérapeute ou un kinésiologue pourra aider à définir un programme d’activités physiques adapté à la condition de chaque femme. Une fois les traitements terminés, un programme d’activités physiques plus intense et encadré par un professionnel formé pour intervenir avec des personnes atteintes d’un cancer du sein pourra être enclenché afin de venir solidifier les os. De façon générale, l’exercice avec impact, à raison de deux à trois fois par semaine, tant en aérobie qu’en résistance, pourra alors être recommandé. Avant d’entreprendre un programme d’exercices pour l’ostéoporose, il est cependant préférable d’en discuter avec son médecin.

Usage du tabac et consommation d’alcool

D’abord, fumer, en plus d’être nocif pour le cœur et les poumons, est aussi néfaste pour les os. Les femmes qui fument ont tendance à être ménopausées plus tôt que celles qui ne fument pas. La production d’œstrogènes est alors diminuée, ce qui contribue à la fragilité des os. Les fumeuses sont, par ailleurs, susceptibles d’absorber moins de calcium des aliments qu’elles consomment. Quant à la question de l’alcool, les études suggèrent qu’une consommation élevée d’alcool (plus de trois consommations par jour) aurait un impact négatif sur la santé des os. En effet, la consommation d’alcool est associée à une nutrition plus faible en nutriments de qualité et à un risque de chute plus élevé.

Chez les femmes atteintes d’un cancer du sein avec des métastases osseuses, les recommandations sont individualisées et dépendent de plusieurs facteurs de risque, dont le site des métastases, la gravité des lésions et les effets de ces lésions sur les activités quotidiennes. Pour des recommandations plus spécifiques à cet égard, le mieux est d’en parler avec son équipe médicale traitante.

Depuis 2014, la Fondation du cancer du sein du Québec finance le Programme Santé sein & os, mis sur pied par le Centre du cancer Segal en collaboration avec le Centre de bien-être L’espoir, c’est la vie. Avec ce programme, les femmes atteintes du cancer du sein bénéficient des conseils d’une infirmière et d’une physiothérapeute pour protéger, améliorer et favoriser la santé des os en milieu de soins oncologiques. Visitez le site du programme.

Pour en savoir plus, visitez osteoporosecanada.ca.