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On me propose de participer à un protocole de recherche... Qu'est-ce que c'est?

– le Dr André Robidoux, fondateur du Centre de recherche clinique sur le cancer du sein à l’Hôtel-Dieu de Montréal, démystifie la question.**

La recherche clinique : qu’est-ce que c’est?

Depuis les années 1970, le traitement standard du cancer du sein a énormément évolué, notamment grâce à toutes les femmes qui ont accepté d’être soignées dans le cadre d’études de recherche clinique soumises à une méthode scientifique rigoureuse :

Si nous considérons le traitement du cancer du sein aujourd’hui comme suivant un protocole solidement établi, il faut se rappeler qu’aucun de ces progrès médicaux n’aurait eu lieu sans l’abnégation de toutes les patientes, québécoises et dans le monde entier, qui ont participé aux multiples protocoles de recherche grâce auxquels nous en sommes arrivés là.

Il y a quarante ans, lorsqu’une jeune femme consultait un médecin pour une masse suspecte et volumineuse dans son sein, on pratiquait une biopsie sous anesthésie générale et, en cas de tumeur cancéreuse, on recourait sur-le-champ à une ablation radicale du sein et des ganglions de l’aisselle. L’introduction de la méthode scientifique dans la résolution des problèmes a permis, depuis, d’immenses progrès.

Cette méthode consiste à poser des hypothèses puis à les valider par des études dites « prospectives randomisées ». Un groupe expérimental (qui reçoit le traitement à l'étude) et un groupe contrôle (qui reçoit le traitement standard au lieu du traitement à l'étude) sont ainsi créés grâce à une distribution des participantes au hasard dans l’un ou l’autre de ces groupes. Puis, on compare les groupes afin de vérifier l’efficacité d’un nouveau traitement ou d’un protocole de soins. Chaque étude prospective s’appuie sur les résultats des précédentes pour tester une nouvelle hypothèse.

Ces études ont permis le développement du traitement standard actuel qui comporte six volets : la chirurgie, la chimiothérapie, la radiothérapie, la thérapie hormonale, la thérapie ciblée et la thérapie de soutien.

Grâce à l’ensemble des différentes études, nous sommes maintenant entrés dans l’ère de la médecine personnalisée. Cependant, même si les traitements contre le cancer du sein sont de mieux en mieux maîtrisés, de très nombreux progrès restent à faire pour améliorer l’état des connaissances.

Bénéfices et limites de participer à une étude clinique

Le Dr Robidoux note qu’il existe plusieurs raisons pour lesquelles les patientes acceptent de participer à un protocole de recherche :

  • l’altruisme : soudainement plongées dans l’angoisse de savoir si elles vont s’en sortir, les femmes veulent aider la recherche à avancer pour que leurs enfants et les générations futures profitent des avancées scientifiques;
  • un sentiment de reconnaissance à l’égard des femmes qui ont participé aux études précédentes;
  • la possibilité de bénéficier des traitements les plus avancés;
  • la possibilité d’avoir un meilleur suivi médical : à stade égal de développement de la maladie, les femmes suivies dans les protocoles de recherche bénéficient d’un taux de survie supérieur aux autres. Elles reçoivent des traitements dans des institutions de pointe, sont suivies de très près par des équipes, subissent de nombreux examens médicaux réguliers, et sont suivies par toute la communauté internationale des experts du cancer du sein lorsqu’un problème survient.

Cela dit, la recherche exige d’elles une grande implication, et l’altruisme peut atteindre ses limites. De plus, entrer dans un programme de recherche ne garantit pas de bénéficier d’un traitement expérimental révolutionnaire puisque la distribution des participantes, entre les groupes expérimental et contrôle, a lieu au hasard dans certains cas.

Le Dr Robidoux rappelle qu’un cas clinique n’a de valeur scientifique que si le protocole de recherche est respecté du début à la fin du traitement. Ainsi, lorsqu’une patiente prend la décision de participer à un programme de recherche, elle est soumise à une discipline de suivi assez stricte. Par exemple, elle pourrait avoir à se rendre à l’hôpital toutes les semaines, à passer régulièrement des examens de contrôle ou, encore, à noter chaque jour l’heure à laquelle elle prend ses médicaments.

Face à cette réalité, la patiente éprouve en général des sentiments ambivalents : elle peut à la fois être satisfaite et rassurée de sentir un cadre solide et rigoureux autour d’elle, de savoir l’infirmière de recherche à sa disposition pour répondre à toutes sortes de questions concernant son état de santé et d’être suivie par une équipe médicale d’avant-garde, mais elle peut, dans le même temps, souffrir d’être maintenue pendant quelques mois dans un univers médical rigoureux où sa marge de liberté peut sembler plus restreinte. Cela dit, en cas de désaccord, la patiente a la possibilité de se retirer du protocole de recherche en tout temps; cette éventualité est spécifiée dans le formulaire de consentement que la patiente et le médecin auront signé auparavant.

Comment participer à un protocole de recherche

Au fur et à mesure que la recherche et l’état des connaissances sur le cancer du sein progressent, de nouvelles questions scientifiques se posent. Si une patiente présente un problème spécifique qui fait déjà l’objet d’une étude prospective, lui proposer d’y participer est souvent la meilleure voie pour traiter son cas particulier.

Que le programme de recherche existe déjà ou qu'il vienne d’être mis sur pied, les patientes concernées par la problématique qu’il aborde sont évaluées afin de déterminer si elles correspondent aux différents critères de sélection définis dans le protocole. Ce n’est pas toujours le cas.

Dès lors que le médecin et l’équipe de recherche ont validé qu’elles correspondaient aux critères de recrutement, les patientes sont invitées à participer au protocole de recherche dont relève leur problématique. Elles peuvent alors accepter ou refuser d’y participer. Ce n’est qu’après avoir été amplement informées sur les risques et les bénéfices de leur intégration à un programme de recherche, et après un délai de réflexion de quelques jours à quelques semaines, que les patientes peuvent s’engager en signant un formulaire de consentement.

Pour celles désireuses d’en connaître plus sur les études cliniques en cours, nous vous invitons à consulter le site web vuesurlecancer.ca

** Dans son nouveau livre Les raisons d’espérer, le Dr André Robidoux démystifie la recherche clinique et nous explique le cancer du sein sous toutes ses facettes. Il y fait état d’un éventail de sujets en lien avec la recherche clinique : son parcours des 30 dernières années en tant que chirurgien oncologue, les types de cancer du sein, la cure du cancer du sein à travers les siècles, les traitements actuels, les études prospectives randomisées, la patiente au cœur de la recherche clinique et l’avenir des traitements et de la recherche.

Avec son accord, nous avons utilisé quelques extraits de son ouvrage pour bâtir cette chronique. 

Les raisons d’espérer est publié par les Presses de l’Université de Montréal et est disponible en ligne et en librairie. La FCSQ est fière d’avoir participé à la réalisation de cet important projet.