3 mars 2021Nouvelles

Journée mondiale du cancer du sein triple négatif

Le 3 mars est la journée mondiale du cancer du sein triple négatif (CSTN). Dans cet article, nous allons décrire les dernières avancées en recherche sur le CSTN.

Le cancer du sein le plus commun est hormono-dépendant, c’est-à-dire qu’il répond aux récepteurs des hormones féminines : l’oestrogène et la progestérone (ER+ et PR+). Le deuxième type le plus fréquent est le cancer du sein HER2 positif, qui a la particularité d’avoir une quantité importante du gène du récepteur 2 du facteur de croissance épidermique humain (HER2).

Le cancer du sein triple négatif n’est pas alimenté par ces trois récepteurs (ER-, PR-, HER2-), d’où son nom. C’est pour cela aussi que le CSTN ne répond pas aux thérapies hormonales ni aux traitements ciblant HER2.

Suite à des analyses génétiques de tumeurs « triple négatif », le CSTN est davantage catégorisé en 6 sous-types moléculaires, ce qui complexifie le développement de thérapies ciblées.

Le cancer du sein triple négatif en rafale

Tableau cancer du sein triple négatif

Le pronostic?

L’une des principales problématiques du CSTN est qu’il n’existe pas une variété d’options thérapeutiques, comparativement aux autres types de cancers du sein.


Heureusement, la science et les recherches sur le cancer du sein triple négatif portent fruit et une meilleure compréhension de la maladie permet d’envisager des traitements de plus en plus ciblés. Voici quelques exemples des dernières avancées qui ont considérablement amélioré le pronostic du CSTN.

Traitements néo-adjuvants

La Dre Lisa Carey, spécialiste dans le traitement du CSTN à un stade précoce, soulignait lors du San Antonio Breast Cancer Symposium de 2020 que l’utilisation de chimiothérapie néo-adjuvante (pré-chirurgie) comme traitement au stade précoce de la maladie augmenterait significativement le taux de survie sans récidive de cancer1. C’est donc une nouvelle option de traitement intéressante offerte aux personnes atteintes.

Inhibiteurs PARP pour BRCA1 positifs

Des études ont révélé que certains types de CSTN sont associés à des mutations dans BRCA1. Cette découverte a ouvert le chemin vers des thérapies conçues spécifiquement pour cibler les tumeurs porteuses de mutations BRCA1, telles que les composés qui bloquent le PARP (une enzyme impliquée dans le processus de restauration de l’ADN). Ces types de thérapies ciblées sont de plus en plus explorés pour traiter le CSTN à des stades avancés ou métastatiques.

Immunothérapie

Une autre avenue prometteuse est celle de l’immunothérapie. Ce type de traitement vise à utiliser le système immunitaire afin de détruire les cellules cancéreuses. En étudiant de près le microenvironnement de tumeurs CSTN, des chercheurs ont observé que les lymphocytes T et B (type de globules blancs chargés de la défense immunitaire) ne répondaient pas adéquatement à la menace du cancer. Les scientifiques essayent de les réactiver pour accomplir leur travail immunitaire. Par exemple, les thérapies ciblant une protéine appelée PD-1, qui empêchent les tumeurs de s’échapper du système immunitaire, ont révolutionné le traitement de certains cancers métastatiques ; si elles peuvent offrir des avantages similaires au CSTN est à l’étude actuellement. Fait intéressant, le prix Nobel de médecine 2018 a été décerné à James P. Allison et Tasuku Honjo, les deux scientifiques qui ont travaillé sur ces découvertes révolutionnaires.


Ces récents progrès soulignent le fait que le pronostic des patientes atteintes d’un cancer du sein triple négatif s’améliore. En effet, selon les derniers résultats d’essais cliniques, la survie à 5 ans sans récidive est au-delà de 80%1. Alors que des efforts sont en cours pour mettre au point des traitements plus ciblés pour ce type de cancer du sein, nous espérons que ce taux de survie s’améliorera davantage.

Des projets à suivre

Plus près de nous, au Québec, de nombreux chercheurs se penchent sur de nouvelles avenues de traitements ciblés pour ce type de cancer. La Fondation cancer du sein du Québec finance des projets prometteurs qui visent entre autres à multiplier les options de traitement. Nous vous en présentons quelques-uns.

Dre Anne-Marie Mes-Masson

Tester de nouvelles molécules pour le traitement du cancer du sein triple négatif – Dre Anne-Marie Mes-Masson

La Dre Anne-Marie Mes-Masson et son équipe se penchent sur une particularité de certains types de cancer, dont le CSTN, qui conférerait aux cellules cancéreuses un nombre anormal de chromosomes en comparaison à une cellule saine. Ils auraient découvert que d’empêcher l’activité de la protéine Ran entrainerait la mort des mauvaises cellules, sans causer de tort aux cellules saines. Cette étude pourrait éventuellement mener à un nouveau traitement qui aurait des répercussions positives importantes pour des femmes atteintes de cette maladie.

Dr Jerry Pelletier

Développer un nouveau médicament contre les cancers du sein « HER2+ » et « triple-négatif » – Dr Jerry Pelletier

L’ARNm (une sorte de photocopie de l’ADN) permet la fabrication des protéines par ce qu’on appelle un processus de traduction. Pendant cette manœuvre, des altérations peuvent survenir, causant la prolifération anormale de la cellule. Le travail de l’équipe du Dr Pelletier se situe au niveau de ce processus et les chercheurs ont découvert des composés chimiques capables de stopper ces altérations, empêchant ainsi la prolifération tumorale et les métastases.


Le prochain objectif est de développer ces composés chimiques en médicaments et de vérifier leur efficacité sur les cancers du sein HER2+ et triples négatifs. Ce projet permettra d’élargir l’arsenal de traitements disponibles pour traiter le cancer du sein.

Dr Yves Saint-Pierre

Une nouvelle boîte à outils pour étudier le rôle des galectines – Dr Yves Saint-Pierre

Les galectines sont une classe de protéines possédant des propriétés immunosuppressives (qui empêchent l’activation du système immunitaire) et qui sont exprimées à des niveaux anormalement élevés dans les cellules tumorales associées à plusieurs cancers, dont le CSTN. Les cellules échappent alors au système de défense de l’organisme et se développent. L’équipe du Dr Saint-Pierre cherche à développer une boîte à outils visant à freiner spécifiquement l’action des galectines, ce qui permettrait dans le futur de développer des traitements ciblés et d’offrir plus d’options aux personnes atteintes de la maladie.

Consultez le rapport d’impact de la Fondation cancer du sein du Québec pour découvrir encore plus de projets prometteurs !

Références
  1. BCRF. Treating Triple-Negative Breast Cancer: Recent Progress and What’s to Come. Breast Cancer Research Foundation. Published January 20, 2021. Accessed February 25, 2021. https://www.bcrf.org/sabcs-2020-triple-negative-breast-cancer-treatment-updates
  2. Kimmons L. Advances in BRCA-associated and triple-negative breast cancer treatment and understanding | MD Anderson Cancer Center. Accessed February 25, 2021. https://www.mdanderson.org/publications/cancer-frontline/2020/05/asco-studies-show-advances-in-treatment-and-understanding-of-brca-associated-and-triple-negative-breast-cancer.html?_ga=2.209600978.1506952407.1613750653-1686389815.1613750653
  3. Medina MA, Oza G, Sharma A, et al. Triple-Negative Breast Cancer: A Review of Conventional and Advanced Therapeutic Strategies. Int J Environ Res Public Health. 2020;17(6):2078. doi:10.3390/ijerph17062078
  4. The Nobel Prize in Physiology or Medicine 2018. The Nobel Prize in Physiology or Medicine 2018. NobelPrize.org. Accessed February 25, 2021. https://www.nobelprize.org/prizes/medicine/2018/summary/
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